La voix
La voix : enregistrer correctement sans studio
14 minLeçon 5 sur 5Aperçu gratuit
Sur une chaîne sans visage, la voix est le seul élément humain. Le spectateur pardonne une image moyenne ; il quitte une vidéo dont le son est mauvais. C'est la hiérarchie constante des abandons, et elle est contre-intuitive quand on vient de la vidéo.
Ce qui rend un son mauvais
Trois causes, dans l'ordre de fréquence.
La réverbération. Une pièce vide avec des murs nus renvoie le son, et la voix paraît lointaine, comme enregistrée dans une salle de bains. C'est le défaut le plus audible et le plus difficile à corriger après coup : aucun traitement ne retire proprement une réverbération enregistrée.
Le bruit de fond. Ventilation, ordinateur, circulation, réfrigérateur. On ne l'entend plus à force de vivre avec, et il est parfaitement audible au casque.
Le niveau. Trop bas, on monte le volume et on remonte le souffle avec. Trop haut, la voix sature et le défaut est irréversible.
Traiter la pièce avant d'acheter du matériel
Un micro correct dans une pièce traitée bat un excellent micro dans une pièce vide. C'est l'investissement le plus rentable, et il est souvent gratuit.
Ce qui absorbe : les textiles. Rideaux épais, tapis, canapé, lit, bibliothèque pleine. Une penderie remplie de vêtements est, littéralement, une des meilleures cabines d'enregistrement disponibles dans un logement.
Ce qui réfléchit : les surfaces dures et parallèles. Murs nus, fenêtre, bureau vitré, écran.
Le test : tapez dans vos mains une fois, au milieu de la pièce. Si vous entendez une traîne, le micro l'entendra aussi.
Le matériel, par ordre d'utilité
- Un micro dédié, quel qu'il soit. Même d'entrée de gamme, il surpasse largement le micro intégré d'un ordinateur portable, qui capte en priorité le ventilateur.
- Un filtre anti-pop, ou à défaut parler légèrement à côté du micro plutôt que droit dedans. Il supprime les explosions sur les « p » et les « b ».
- Un casque fermé pour vous relire. Les enceintes ne révèlent ni le souffle ni les bruits de bouche.
Le reste vient après, et seulement si les trois premiers points sont réglés.
Enregistrer
Parlez à vingt centimètres, légèrement de côté. Plus près, la voix devient sourde ; plus loin, la pièce revient.
Visez un niveau qui laisse de la marge. Mieux vaut enregistrer un peu bas et remonter ensuite que saturer.
Enregistrez tout d'une traite, sans vous arrêter aux erreurs. Reprenez la phrase ratée immédiatement après, et coupez au montage. S'arrêter casse le rythme et change le ton entre les prises.
Buvez de l'eau, à température ambiante. Les bruits de bouche s'entendent, et ils augmentent avec la déshydratation.
Le traitement minimal
Trois opérations suffisent, et dans cet ordre :
- Filtre passe-haut vers 80 Hz : retire les grondements et les vibrations du bureau, sans toucher à la voix.
- Compression légère : réduit l'écart entre les passages forts et faibles, pour qu'on n'ait pas à monter et baisser le volume.
- Normalisation du niveau final, cohérente d'une vidéo à l'autre.
La suppression de bruit s'ajoute seulement si nécessaire, et avec retenue : trop appliquée, elle donne à la voix une texture métallique bien plus gênante que le bruit qu'elle retire.
Si vous ne voulez pas utiliser votre voix
Deux options, avec leurs contraintes réelles.
Faire appel à une personne. La qualité est immédiate, le coût est récurrent. Établissez par écrit l'étendue de la cession de droits : pour quels supports, quelle durée, quel territoire. Une voix enregistrée sans cession claire devient un problème le jour où la vidéo marche.
La synthèse vocale. Elle a beaucoup progressé, mais trois points demandent attention. Vérifiez ce que les conditions du service autorisent en usage commercial. Vérifiez les règles de la plateforme de diffusion sur les contenus générés, qui évoluent et peuvent exiger une déclaration. Et n'utilisez jamais la voix d'une personne réelle sans son accord explicite — c'est un droit de la personnalité, pas une question de licence logicielle.
Dans tous les cas, si le contenu est généré ou fortement assisté, dites-le. La transparence coûte moins cher qu'une suspension de chaîne.
À retenir
- Le son fait abandonner une vidéo avant l'image.
- Traitez la pièce avant d'acheter un micro.
- Trois causes de mauvais son : réverbération, bruit de fond, niveau.
- Enregistrez d'une traite, corrigez au montage.
- Passe-haut, compression légère, normalisation — dans cet ordre.
- Voix humaine ou synthèse : vérifiez les droits et déclarez ce qui doit l'être.
Exercice
Diagnostiquer votre pièce
Enregistrez trente secondes de parole dans la pièce où vous comptez travailler, sans rien changer. Réécoutez au casque et notez ce que vous entendez en dehors de votre voix : traîne, souffle, ventilation, bruits extérieurs. Modifiez ensuite une seule chose — ajouter des textiles, changer d'orientation, couper la ventilation — et réenregistrez le même texte.
Afficher le corrigéMasquer le corrigé
Le résultat attendu n'est pas un son parfait mais un écart audible entre les deux prises. Dans la grande majorité des logements, la traîne diminue nettement dès qu'on se place face à une surface absorbante (penderie ouverte, rideaux, bibliothèque) plutôt qu'au centre de la pièce. Si l'écart est nul, c'est que le problème dominant est le bruit de fond, pas la réverbération : traitez-le en premier.
La voix
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